Histoire Ce texte nous a été envoyé par Michel Branchu, Président Fondateur d'ARIS:
J'ai appris avec émotion et tristesse le décès d'un ami, Jean Le Bitoux; Sans doute ce nom ne dit plus grand chose « aux jeunes générations ».
Je me souviens fort bien de ma première rencontre avec Jean dans les premiers mois du lancement de Gai Pied au 45 de la rue Sedaine à Paris; C'était en 1979, l'amitié a fait « Tilt ».
Avec quelques rares ami-e-s nous envisagions déjà le projet encore vague, d'un lieu associatif gay et lesbien à Lyon. Très vite il m'a fait connaître le CUARH (...pour le meilleur et pour le pire!) lancé à la première Université d'été à Marseille (U.E.H) en 1979; Très vite, il m'a demandé d'être correspondant de Gai Pied sous la responsabilité d'Yves Ede.
Concernant notre projet lyonnais qui était pour moi une priorité, il m'a fait rencontrer des responsables de « Diane et Adrien » à Dijon, de la « Boulangerie » à Marseille, d ' « Écoute gaie » à Paris. Beaucoup de jeunes homos de cette époque militaient au sein des G.L.H. (Groupe de Libération homosexuelle) dont un à Lyon, très militant et ancré à gauche.
Et en 1981, notre petit groupe d'ami-e-s a lancé ce lieu associatif gai et lesbien: ARIS. Jean nous a beaucoup aidé et encouragé dans cette ...entreprise et suivi les premiers mois de nos balbutiements;
Par la suite il vint à Lyon à diverses reprises: à la disparition du CUARH lorsque nous avons lancé la F.N.L.A.G. (Fédération nationale-mais oui!- des lieux associatifs gais et lesbiens qui se créaient un peu partout en France, une bonne vingtaine, puis les « Rencontres des Homosexualités » - il participa à une de nos émissions radio. À l'occasion du 10 ème anniversaire d'ARIS, il anima une table ronde: « Le militantisme homo existe-t-il encore aujourd'hui? »
Il me fit rencontrer des personnalités: Daniel Charvet de l'association française de lutte contre le Sida, Blaise Noël, Gérard Bach sociologue, Maud Marin écrivain, Gérard de la Mauvinière Président national de David et Jonathan, le Député Michel et d'autres... Beaucoup vinrent par la suite à ARIS ou encore lors d'un week-end aux environs de Lyon auquel participèrent, enfin, des membres du GLH Lyonnais.
Jean Le Bitoux eût aussi un rôle très important dans les différentes luttes pour la reconnaissance de la déportation homosexuelle, rôle qui lui fut injustement et maladroitement contesté; C'est avec lui que j'ai rencontré à Paris Pierre Seel lors d'une cérémonie commémorative; En 2002, Jean publia un livre remarquable « Les oubliés de la mémoire ».
Il était, je pense, incroyant mais il n'a pas hésité à participé aux diverses « tables rondes » organisées à paris à l'occasion des 20 ans de David et Jonathan; C'était en 1992, moi le croyant (enfin à ma façon!), je me suis retrouvé à côté de lui.
Sous l'apparence d'un homme... gentil, aimable, se cachait un tempérament exigeant, militant, fidèle à ses valeurs, n'hésitant pas à « claquer » la porte lorsque Gai Pied se trouva dans le piège des « affairistes ». Il fut l'objet de critiques haineuses, de coups très bas et je crois qu'il en souffrit beaucoup. Certains laissèrent même entendre qu'il était déjà mort du Sida afin de mieux ... »le liquider ».
J'écris ces lignes le jour même de ses obsèques. Je lui dois ce devoir de « mémoire » et je me permet de lui dire:
« Ami Jean, la mort n'est pas l'obscurité,
la mort n'est pas la nuit mais la lumière qui s'éteint parce que le jour se lève ».
Michel Branchu
29 avril 2010